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  La Nuit des Rois ◬ Mikhail

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Date d'inscription : 10/01/2014
Messages : 20
ID card : Ditehas Lucius, Juge au Conseil ☸ Vingt-six ans ☸ Sidheim.




Sujet: La Nuit des Rois ◬ Mikhail
Ven 28 Mar - 13:00

Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs ; ils ont leurs entrées et leurs sorties. Un homme, dans le cours de sa vie, joue différents rôles; et les actes de la pièce sont les sept âges. Le septième et dernier âge vient clore cette histoire pleine d’étranges événements ; c’est la seconde enfance, état d’oubli profond où l’homme se retrouve sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien.
Theatrum mundi!


Au balcon d’honneur, le temps s’étirait, long et ennuyeux, à mesure que les autres spectateurs se massaient bruyamment dans le parterre qui leur était réservé.  Au poulailler, juste en face, quelques femmes en tenues d’apparat et aux bijoux plus clinquants que toutes les dorures du théâtre, s’éventaient, lascives, jactant de-ci de-là , se plaignant tantôt de la chaleur, tantôt de l’attente qui n’en finissait pas.  De l’autre côté de la salle, Kyrielle, droite comme un piquet sur son large fauteuil rouge,  restait de marbre face à ces petites saynètes mondaines.  Cette mascarade la dépassait et c’était avant tout pour cette raison qu’elle avait failli refuser l’invitation.  Mais il fallait se rendre à l’évidence : elle ne jouissait pas d’une popularité bienveillante à l’image de ces joyeuses noceuses, véritable ravissement des grandes soirées du Monde ;  au contraire son austérité et son manque de frivolité lui avait valu jusqu’alors une réputation de paria, de femme intouchable, certes, mais surtout  intouchée. On venait même souvent lui reprocher le peu d’égard dont elle faisait preuve, y compris vis-à-vis des personnes de haute condition. L’honorable membre du Conseil, désagréablement critiquée,  avait donc décidé de faire un effort, pour cette soirée, du moins.

A côté d’elle, un de ses proches assistants, pièce  maitresse de son plan, était penché à son oreille depuis plusieurs minutes, susurrant, avec un sourire non dissimulé, quelques paroles, qui, vu de l’extérieur, avaient tout l’air de messes-basses. En haut à droite, c’est la Dame Clothilde, épouse du Sir Aleksander De Reichenbach,  issu d’une famille très ancienne et plutôt influente. De sa poche intérieure, elle avait sorti sa lorgnette d’argent, composée d’un unique verre spécialement conçu et adapté à sa vue d’estropiée. A l’extrémité de la poignée ciselée d’arabesques pendait  un ruban de satin noir, en parfait contraste avec l’éclatante blancheur de sa tunique aux allures d’uniforme militaire.  Sur la gauche, l’homme qui vous fait signe c’est le Sir Nikolaïevitch, on dit qu’il pèse près de deux millions de pièces d’or. Je vous conseille de lui retourner son salut, il est connu pour sa… susceptibilité. A ses mots, elle fit un signe très  discret de la tête, mais visiblement suffisant pour contenter l’homme qui eut un petit rictus de satisfaction.  A la corbeille, en bas, c’est la Dame Alix Von Hessen, veuve d’un grand marchand d’art,  elle est accompagnée de son fils Byron,  dix-sept ans à peine, mais déjà futur chevalier très prometteur. L’expression blême, elle regardait avec une attention toute particulière chaque visage, essayant de leur associer correctement nom et titre, au cas où elle serait amenée à les croiser à la fin de la représentation.  Mais la tâche s’avérait être fastidieuse et compliquée.  Cette dame âgée au chapeau vert, qui était-ce déjà ? L’épouse de cet orfèvre de renom ou  du professeur à l’Institut du Droit et du Commerce ? Tout s’enchevêtrait dans sa tête dans une confusion d’alliances et de descendances. Elle s’échapperait par la petite porte et éviterait le monde, cela valait mieux.

Soudainement, alors que le défilé de personnalités s’intensifiait, elle coupa la parole au jeune homme d’un geste fluide de la main. Assez, assez.  L’assistant se tut mécaniquement et, la bouche hermétiquement close, se cala confortablement contre le dossier de son fauteuil.
—«Quelqu’un d’autre doit-il rejoindre le balcon d’honneur ?, demanda-t-elle, impassible.
Je l’ignore Ditehas Lucius, voulez-vous que j’aille me renseigner ?
Non, c’est inutile, fit-elle en réajustant son col orné d’une broche représentant le blason des Fürst-Rozen. Nous verrons bien d’ici le début de la pièce. »
Entre les deux seuls occupants du balcon, un silence pesant s’était installé. Mais le Juge Lucius peu soucieuse des protocoles et des discussions oisives n’en n’avait que faire et s’obstinait à fixer avec insistance la scène encore vide où allait se jouer la première d’une pièce dont on parlait déjà depuis plusieurs semaines à travers toute la capitale : La Nuit des Rois ou les Chroniques du Royaume.  Derrière ce titre obscur, se cachait en réalité une trame historique, basée sur les événements de l’Invasion avec en prime la très célèbre anecdote sur le partage de l’Azurys.  Elle s’ennuyait déjà d’avance. Non pas que l’histoire de son royaume n’avait guère d’importance à ses yeux, c’est simplement qu’elle connaissait l’essentiel de ce passé, voire beaucoup plus que n’aurait pu lui apprendre une vulgaire et énième mise en scène théâtrale.  Alors qu’elle s’apprêtait à passer deux heures de pure lassitude, une arrivée inattendue modifia la donne. Elle se tourna vers le  nouveau spectateur et fut surprise de reconnaitre le Conseiller royal  en personne. Kyrielle le salua de son éternel timbre froid mais respectueux, sans toutefois daigner se lever :
—« Ditehas Sigfried, c’est un honneur. J’ignorais que le théâtre comptait parmi vos occupations. »
A vrai dire, cette entrée en la matière  n’était que pure convention sociale. Il fallait être honnête, elle ne connaissait que très peu de chose à propos du Conseiller. A bien y réfléchir, de  tous ses collaborateurs, il était sans doute le plus mystérieux.  Détournant quelques instants son regard du nouveau venu, elle  pivota  la tête  vers son assistant, jetant sur lui le fameux regard « vous pouvez disposer », qu’il connaissait si bien.  Il s’exécuta alors promptement, saluant les deux membres du Conseil avec humilité, avant de prendre congé.  Alors que la chevelure blonde du jeune homme disparaissait derrière une tenture, les premiers martellements du brigadier se firent entendre, annonçant les solennels trois coups. Pourtant, ce soir-là, en vue de cette rencontre exceptionnelle, le véritable spectacle ne se jouerait peut-être pas sur scène.
 
Un. Deux. Trois. Rideau.


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Date d'inscription : 23/03/2014
Messages : 14
ID card : 35 ans, Conseiller du Prince.




Sujet: Re: La Nuit des Rois ◬ Mikhail
Sam 29 Mar - 2:50


Reflet, oh, froid reflet. Ne montrant qu’une forme blanche aux éclats bleutés. Ne renvoyant que la pâle copie, sans voix ni vie, d’un homme qui s’y contemplait sans se voir. Immaculé. On aurait pu le croire garde tant il était.. Blanc. Tenue d’apparat. En réalité, la tunique penchait plus sur le gris, et était rehaussée d’argent brodé. De fins boutons nacrés. Mais elle était surtout mise en valeur par la personne la portant. Prestance glacée qu’il savait avoir en toutes circonstances. Ses yeux perdus dans leur propre reflet s’écartèrent finalement de son image, et captèrent de manière furtive le regard que Stella lui lançait. « Oui ? » Regard fixé dans le sien. Discussion interposée, par reflets, par jeux de lumières. Ajustant par réflexe le col de son habit, Mikhail attendit une réponse qui ne vint pas, probablement interrompue par un garde toquant à la porte. « Ditehas Sigfried ? Vous m’avez demandé de venir pour.. » « Je sais ce que je vous ai demandé. »
Silence lourd qui s’abattit de nouveau dans la suite du Conseiller. Reflet, oh, froid reflet. Sans réponse, Mikhail se ré-intéressa sur sa personne, faisant attention à ne pas oublier le moindre détail. Non pas qu’il prête une attention spéciale à sa personne, mais parce qu’il sait pertinemment que l’apparence peut discréditer ou au contraire tromper une personne. Se faire passer pour riche avant de revenir dormir dans son bout de rue. Apparaitre comme souillon et suant, avant de rentrer dans sa grande villa. Mikhail allait être en retard. Mikhail allait avoir l’apparence d’un Conseiller. Tout comme l’éthique des Rois qui consiste à faire attendre une personne avant de l’autoriser à le consulter, le Conseiller allait venir en tout dernier. Le gris lui allait bien.

Là bas, dans l’obscurité, on ne sait jamais si les chats sont noirs ou blancs.

C’est ainsi qu’il arriva sans empressement dans le théâtre. Sans sueur, sans stress, juste un fin sourire aux lèvres et cet air avenant qui a pourtant le don de glacer les gens. Son chevalier personnel brisait à peine l’impression que le Conseiller donnait, celle d’avoir le temps devant lui alors que la pièce allait débuter, et rythmait leurs pas d’un cliquetis métallique presque sécurisant. « Restez à l’extérieur de la loge. Gardez là. N’en bougez pas un instant, peu importe ce que vous voyez ou entendez. » Voix qui se faisait murmure. Mikhail donnait les ordres à l’Immaculé comme l’on conseillerait un ami. Le Conseiller savait qu’un certain code d’honneur régissait son ordre – l’assistance à ceux en danger pour ne citer que cette règle tacite – mais le chevalier savait aussi que sous les ordres de l’héritier Kahley, tout code avait fort intérêt à être aboli. Ditehas Sigfried était le code.
Marchant silencieusement dans les couloirs richement décorés, les rares personnes qui n’étaient pas encore à leurs places s’inclinaient respectueusement devant lui. Aucune surprise sur leurs visages poudrés. Le Conseiller était un grand habitué du théâtre. Image d’homme de goût. Le Conseiller avait ses habitudes, et ses connaissances au sein des acteurs en vogue, à force d’assister à leurs représentations. Image d’homme cultivé.  Là, assis dans la pénombre classieuse de la loge d’honneur, Mikhail aimait se donner une bonne image alors que tout ce qu’il faisait en définitive, était de se taire et de regarder ce que d’autres faisaient. Voir les messes basses de ces dames au parterre, ou encore ce jeune homme à la main bien trop baladeuse, chargée de lourds bijoux et autres bibelots de fortune. Du haut de la loge des Grands, du Conseil, du Roi, le Conseiller observait bien plus le peuple que le spectacle qui s’offrait devant lui. Sans être vu, préservé des regards indiscrets par de lourds rideaux pourpres sur les côtés, la véritable mise en scène était celle de ces nobles qui se livraient sans interruption une petite guerre intestine. Sous les yeux de glace du Conseiller, il était parfois réconfortant de se souvenir qu’il appartenait à ce vaste troupeau clinquant, mais qu’à présent, il était au dessus d’eux. Bien, bien loin au dessus.

Remerciant d’un mouvement de tête son chevalier qui lui ouvrait la porte menant à la loge, il remarqua immédiatement qu’il n’était pas seul. Habitude de la solitude. Déception de ce soir. En voyant le visage qui se tournait vers lui, par-dessus le fauteuil dans lequel la personne était visiblement déjà confortablement installée, il reconnut sans difficulté la Juge. La Borgne. Son sourire, au début crispé, s’écarta de plus belle. « Ditehas Sigfried, c’est un honneur. J’ignorais que le théâtre comptait parmi vos occupations. » Une véritable pièce à elle toute seule. Son ton froid et passablement égal n’entama pas la surprise agréable que Mikhail ressentait quant à sa présence. « Ditehas Licius. » Par Pyrhas, Lucius. « L’histoire ainsi que le théâtre m’ont toujours passionné. » Laissant sortir son espèce de serviteur personnel, il pris place à son tour sur un des confortables fauteuil de velours. « Mais ce n’est pas votre cas n’est-ce pas ? » Tournant de trois quart sa tête dans la direction de la Juge, il ne la regarda cependant pas dans les.. Dans le.. Dans ce qui lui servait d’unique globe oculaire. Non, il se tourna juste assez pour qu’elle puisse voir son air avenant, souriant, contrastant que trop bien avec la froideur bien trop rigide qu’elle arborait à son goût. Cette question après tout n’en était pas une. Il ne fallait pas être stupide pour connaître la réputation de la jeune femme, et honnêtement, Mikhail comprenait parfaitement son manque de popularité. Ridicule mise en scène de son œil invalide. Ridicule attitude.
Mettez la dont sur une scène, qu’on en rie.
Sans ajouter un mot de plus, le Conseiller croisa ses mains alors que le reste du public se taisait. Les trois coups résonnèrent, et sur les planches arriva un homme. Trapu, boiteux, il marcha avec peine devant un rideau qui ne s’était pas encore levé. Si Mikhail aimait autant le théâtre, c’était aussi parce que tout était tellement prévisible. « Que les années et les siècles se souviennent de l’Invasion.. » *Que l’Azurys soit un jour une sur la couronne de notre souverain* «.. Et que les Di Azoras nous protègent de toute menace ! Avec Pyrhas et la mémoire de nos ancêtres.. » *La Nuit des Rois ou les Chroniques du Royaume* « .. Est une ode à Lacryheas, est une ode à vous tous, présents ce soir. » Levé de rideaux. Les ténèbres parsemées de lumière d’ilions laissèrent place à un décor splendide et presque aveuglant.

« Vous n’allez tout de même pas me faire croire que vous êtes ici pour découvrir en vers l’histoire de notre nation. » Les comédiens parlaient, Mikhail murmurait. Les yeux toujours rivés sur le spectacle, il pourrait presque deviner le masque d’ennui qui devait recouvrir le visage de la jeune femme à côté de lui.
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  La Nuit des Rois ◬ Mikhail

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