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 We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle

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Date d'inscription : 27/10/2013
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Sujet: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Dim 9 Fév - 5:56

You're face to face

With the woman who Sold the World

Rideau. Le feu crépite dans la cheminée, ses pas claquent sur le sol et son sourire se fane déjà sur ses lèvres. Il n’en a aucune envie, il est las, si las, tu sais, Kyrielle mais ça ne l’empêchera pas de frapper un grand coup, de t’assourdir de ses mensonges et de te noyer sous ses menaces. Il évite le siège du milieu parce que salle du conseil est déjà trop solennelle comme ça. Les autres sont partis, depuis un moment et il sait que personne ne viendra les déranger (il l’a ordonné, après tout et ça se sait, ces choses-là même si au fond, ils s’en moquent tous).

Ses mains ne tremblent pas, ses mains ne tremblent plus depuis longtemps et c’est suffisamment rassurant pour qu’il arrête de faire les cent pas et se pose devant la cheminée. Il évite de penser aux ombres qu’il y croise, comme chaque fois et les cendres, les cendres, surtout, qu’il a toujours l’impression de sentir revêtir sa peau.

Il murmure « Entre » puis il le dit plus fort parce qu’il a entendu les pas, dans le couloir et qu’il sait bien qu’il n’y a qu’elle pour être dans les parages à ce moment-là. Il n’ose pas lui faire face, pas encore parce qu’il a besoin de tout son calme qu’il n’a pas, de tout son talent inexistant de diplomate pour mener à bien une tâche délicate.

Tu en aurais tellement ri, Cad’, si tu m’avais vu, la tension palpable et mon dégout de lui demander ça, à elle par-dessus tout. Si tu avais été là, tu aurais su comment. Si tu avais été là, nous n’en aurions même pas besoin, en fait et c’est bien là que ça me semble creux et vain.

Il s’éclaircit la gorge, croise pour la première fois le regard neutre, perçant comme à chaque fois. Il ne peut empêcher un sourire, un mépris à peine voilé parce qu’elle a l’air si frêle qu’il a l’impression qu’il pourrait la briser d’un mouvement.

Oui mais voilà, les impressions, c’est tellement trompeur, tellement injuste, il en garde encore les traces sur son visages et il sait que c’est la même chose pour elle.

« Assieds-toi, s’il te plait. Ça risque de prendre un moment. »

Il articule, calme et attentif. Il prend un siège, dans un coin de la table, sans grande conviction parce que leurs fiertés ne supporteraient pas qu’ils ne soient pas à égalité, même sur une connerie pareille. Il ne respire pas vraiment, pas encore. Il sait qu’il ne le pourra pas avant que le piège ne se soit refermé.

♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚

Les hennissements des Kahazars finissent par se tarir dans le bois. À quelques mètres, deux silhouettes marchent à une distance raisonnable l’une de l’autre. La tension est palpable et si quelques mots sont murmurés, ils sont vite emportés par le vent.

Quand le gardien les voit arriver, il improvise un salut qui fait un peu ricaner Aednyss et les laisse passer, sans murmurer un mot. Leurs visages sont vaguement reconnaissables sous les capuches sombres qui les protègent du froids, des regards indiscrets mais surtout, des prisonniers qui auraient vite fait de leur cracher dessus à son passage.

« Ça ne te gêne pas, de savoir que beaucoup sont là à cause de toi ? »

Il le dit négligemment, sans même la regarder. L’homme qui leur montre le chemin frémit, imperceptiblement mais c’est tout ce qu’on peut en tirer et ça fait doucement rire Aednyss. La discrétion de ceux qui se permettent de les juger lui fait toujours réaliser qu’il restera toujours l’Assassin, le Traitre et que rien ne pourra jamais laver l’affront qui a été fait à l’Amour du peuple.  Il le renvoie d’un geste parce que de toute façon, ils ne sont pas là pour lui, bien au contraire. Ses yeux brillent étrangement devant la porte lourde, de fer et, lui qui n’y prêtait pas attention jusqu’alors papillonne des yeux en remarquant l’obscurité qui les entoure.

Le lieu n’a pas changé, toujours empreint d’un désespoir latent. Enfant, quand il passait dans la Forêt, il se disait toujours qu’il entendait les cris des prisonniers, des Exilés, comme on les appelle dans la capitale. Ses propres pas lui semblaient bruissant de menaces, son ombre devenait gigantesque et il n’y avait que la poigne d’une épée pour le rassurer un peu dans ses débordements d’adolescent trop téméraire. Maintenant, il n’y a plus de peur, juste une immense fatigue, une lassitude qui s’étale sur ses années de vie et ses illusions perdues en cours de route. Il y en a tant, toujours, à enfermer, à garder loin de tout.

Alors que le vrai danger est ailleurs, bien sur, bien sur.

Son regard se fixe sur le nom, écrit sur la cellule. Le temps n’a pas encore eu de prise sur les lettres d’argent qui s’y étalent et il sent l’habituel malaise le gagner, même s’il ne baisse pas les yeux sur celle qui l’accompagne. Il pourrait dire Tu sais, j’ai vraiment besoin de le faire. Il pourrait dire J’aimerais être n'importe où, ailleurs qu’ici. Il pourrait dire Ce n’est pas pour te faire sombrer parce que bordel, si nous n’y arrivons pas, on va tous tomber comme des insectes. Il pourrait dire Tu ne sais même pas ce que ça représente pour moi. Mais il se tait et il sort la clé qu’on lui a confiée pour la mettre dans la serrure.

De l’autre côté de la porte, le prisonnier les attend peut-être.
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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Lun 10 Fév - 10:00



I thought you died alone
A LONG, LONG TIME AGO.

Kyrielle resserra son emprise sur les rennes avec la force d'un cavalier aguerri. Sous la pression, le cuir des lanières rougissait ses mains nues et blanches sans qu'elle n'y prête toutefois une réelle attention. Et pour cause, elle était bien trop occupée à suivre la cadence du trot de son compagnon de route— si tenté qu'on pouvait encore l'appeler ainsi. Dans le prolongement de ses bras, finement musclés par les années d'entraînement au corps à corps, la jeune femme sentait la réticence grandissante de sa monture, prête à se dévier du grand chemin à tout moment. Sans doute, l'animal pouvait-il percevoir le danger imminent, tapi dans les abysses obscurs de la forêt. Ou peut-être n'était-ce là qu'une réaction primaire à l'angoisse de sa propre conductrice. Appréhension qui connaissait une folle ascension à mesure qu'apparaissait dans le lointain, les sinistres prémices de l'antre de tous les traîtres et parias du royaume. La Juge du Conseil, dans son unique œil, voyait se consumer un paysage funeste,  aux couleurs affreusement désincarnées, où chaque élément semblait lui signifier que ce second pèlerinage dans l'Hadès serait marqué par l’effroi et la douleur.

Quand les deux sombres silhouettes eurent rencontré le gardien de cet enfer, une question cingla violemment l'atmosphère. L'intervention parut si délicate, si anodine dans la bouche du Prince qu'elle aurait pu passer pour l'innocence même. Pourtant, sa destinataire en devinait aisément la cruauté, à demi-cachée derrière l'épais brouillard des mots. A contrecœur, elle ravala sa morgue et serra les poings dans une rage muette. Non content de la forcer à faire face à ses démons, il se sentait également obligé de la traiter comme un monstre. Il eut un silence prolongé, seulement marqué par des bruits de pas boueux, à la cadence désordonnée.

C'est mon devoir, votre altesse. Celui que vous m'avez confié.

Sa voix ne laissa paraître ni amertume ni remords. Mais sous couvert de cette réplique aux accents d'honneur et d'humilité, elle semblait lui rappeler que le fardeau de la justice n'était pas le poids d'un seul être. Finalement, il devait sans doute se sentir aussi coupable qu'elle pour espérer s’en débarrasser de cette façon. Le reste du parcours à travers le dédale de geôles fut marqué par une indifférence mutuelle. Il valait mieux qu’il en soit ainsi. Elle savait qu’au bout du chemin, son passé, rongé de l’intérieur par les vers du remord, l’attendait patiemment.  

Face à la plaque d’argent, gravée au nom de Caël Primus Fürst-Rozen, Kyrielle baissa machinalement son regard, presque entièrement masqué par son capuchon noir. Cette porte elle avait déjà eu l’occasion de l’étudier. Une fois. Une seule et unique fois, après laquelle elle ne s’en était jamais retournée. Le temps avait passé mais elle n’avait pourtant pas changé. Dans ses rêves les plus noirs, il lui arrivait de la contempler, impassible, non pas du côté du geôlier, mais bel et bien celui du prisonnier. Elle ferma les yeux quelques instants et ne les rouvrit qu’au cliquetis significatif qui indiquait que la lourde porte de fer venait d’être déverrouillée. La jeune femme sans un mot, seconda le prince et s’engouffra dans la cellule d’où émanait une odeur de crasse humide. Le parfum de la Mort, ou du moins ce qui semblait s’en rapprocher le plus.

Dans le clair-obscur de la cellule, elle observa l'homme recroquevillé sur sa paillasse comme un fœtus fossilisé. Le prisonnier maigre et affaibli se releva lentement et se tourna craintivement vers ses visiteurs, la main gauche en visière pour se protéger de la lueur aveuglante des torches extérieures.

Qui va là ? Qui va là ?, hurla l’homme de sa voix sourde et éraillée. Je l’ai déjà dit ! Je n’ai pas volé ! C’est le chat, c’est lui ! Le perfide !

Il se replia sur lui-même en se protégeant le visage comme par peur d’être frappé.  C’est alors que Kyrielle pu apercevoir sa chevelure grisonnante et sa longue barbe hirsute largement blanchie, qui lui donnaient un air bien plus vieux et malade que dans ses souvenirs. Elle avait du mal à croire que cet homme avait représenté pendant plus de vingt ans, une ombre paternelle et tyrannique. Celle-là même qui lui avait dicté tous ses choix de vie. A cet instant, elle voulut reculer mais la force de sa fierté la maintint à sa place. Enfin, elle découvrit son visage, auquel la lumière feutrée donnait un air de revenant. Sous cet angle curieux, la partie meurtrie de son anatomie restait dissimulée dans l’ombre du cachot.

Aertha… c’est toi ? Aertha, pourquoi tu n’es pas venue ? Je voulais que tu viennes…je t’aurais offert tes fleurs préférées, tu sais…

Derrière les visiteurs, le feu des torches continuait de crépiter.


OH NO, WE NEVER LOST CONTROL.

La voix avait été claire mais abrupte. Et la petite marionnette obéissante qu’elle était avait répondu promptement à  « l’invitation ».  Elle prit donc place dans son fauteuil habituel. Dans la pièce, pourtant chauffée par l’âtre grésillant, régnait une froide solennité. Une gravité qui ne laissait envisager qu’un sombre dessein. Quand la salle dans l’après-midi était vide, comme ce jour-ci, Kyrielle avait pris l’habitude de s’y rendre pour traiter certains dossiers, à l’abri des regards les plus indiscrets de ces assistants. L’art de sa concentration ne s’exerçait que dans la solitude.  Il devait sans doute le savoir. Et c’était pour cette raison qu’il l’avait attendu, comme un chasseur guettant sa proie.

Dois-je comprendre qu’il s’agit d’une affaire d’une haute importance ? S’il est question du procès pour le détournement de quelques fonds royaux par cet employé de la trésorerie, sachez, votre altesse, que nous travaillons activement dessus.

Dans sa voix, une lassitude profonde se faisait déjà ressentir. Son œil vert, semblable à la peau froide d’un reptile croisa le regard du prince avec une suffisance non dissimulée. Si seulement, elle avait pu imaginer.  Mais à cet instant précis, elle ignorait que son interlocuteur allait la plonger dans les méandres de souvenirs qu’elle pensait à tout jamais éteint sous les cendres du dénie.  


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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Lun 10 Fév - 12:00

Show you how I'll save the world

Or let it die within the year

« Quoi ? Ce crétin pas foutu d’être discret pour voler ? » Il ricane, décontenancé un moment parce que ça lui parait tellement dérisoire, cette histoire, comme un lointain souvenir depuis qu’il broie ses pensées.  Des milliers d’années, des milliers de rêveries en arrière, emportées par les flammes. Il cache son amusement parce qu’elle ne sait pas, bien sûr. Il essaie de faire passer son angoisse, de faire partir la boule qui lui serre la gorge et l’énervement qui le gagne déjà, à rester là, enfermé. Le ciel le nargue dehors, l’oubli le nargue partout mais il revient sans cesse vers les murs cloisonnés du devoir qu’il s’est fixé. Il n’a plus le choix.

« Non, non. Tu en fais ce que tu veux, ça ne me concerne pas, tout ça. »

Ses doigts pianotent sur la table, distraits, une mesure connue de lui seul. Tac tactactac tactac. Un son qui se poursuit, régulier, lancinant et même quand il parle, il ne peut pas s’en empêcher. La nervosité suinte par tous les pores de sa peau, comme un venin qui prend peu à peu possession de la pièce et ne laisse qu’une atmosphère étouffante.

Tu penses bien que j’aurais essayé de m’améliorer depuis, Cad’ mais c’est pas possible, juste pas possible. Les conversations autour d’une table, les sourires affectés et son visage impassible ça me donne juste envie de tout envoyer valser.

Son calme s’essouffle, vacille, comme les flammes de la cheminée à laquelle son regard vient toujours se greffer. Il n’a pas l’intention de faire durer le moment, il est tout aussi pénible pour lui mais c’est juste un homme, tu le sais et il est bien plus faible qu’il ne voudrait l’admettre. Alors il se tait, lèvres pincées, regard perdu dans les flammes. Comme s’il allait y trouver un quelconque encouragement.

« J’ai besoin de ton aide. »

C’est tout simple, au fond, quelques mots. Ils lui brûlent la gorgent, lacèrent sa chair, détruisent sa fierté aussi bien que le feu qui a tout ravagé et le métal. Mais il n’a pas d’autre choix que de les prononcer et il ne la regarde pas. Voir un début de victoire dans l’émeraude terne, froide, serait comme une autre blessure au fer rouge sur sa peau.

Et j’en collectionne tellement, déjà, peut-être vaudrait-il mieux en éviter d’autres.

Le bruit de ses doigts tapant contre le bois ne s’est pas tari, il s’est juste espacé. Il remarque que son épiderme est légèrement rougi, il remarque que les rainures brunes sont comme crevassées, il remarque que la peau de Kyrielle est affreusement pâle et ça y est, il l’a regardée.

Pas figé, encore en vie. C’est bête, mais ça n’a rien d’une victoire.

« Enfin, c’est légèrement différent. Le royaume a besoin de ton aide. » Il ne la lâche plus, le regard dur, toute distraction disparue, juste un bloc, une porte fermée qui ne s’ouvrira plus sous la moindre pitié. « Dis-moi, Lucius, jusqu’où serais-tu prête à aller pour lui ? »

♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚

Pendant un court instant, il a envie de s’en aller, de détourner les yeux de ce spectacle qu’il n’aurait jamais dû voir (Bordel, qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce qu’ils ont tous fait, pourquoi, pourquoi, ce n’est même plus un homme.). Partout où ses yeux se posent, il voit une nouvelle folie, une nouvelle fêlure qui s’étale sur la chair fatiguée, sur les yeux hagards, sur les murs crasseux et les lamentations qui sonnent comme autant d’accusations.

Tous savaient à quel point Aertha avait été belle et aimée, par l’homme au cœur de pierre, l’homme incapable de voir à travers les blessures à fleur de peau de l’enfant au cœur de métal qu’il avait élevé. C’était une triste histoire et même moi, je l’entendais parfois mais ça s’en allait très vite, le malheur des autres, à l’époque, c’était juste bon pour retrouver un peu de hargne.

Sa gorge est douloureusement serrée, il évite de regarder la silhouette sombre à ses côtés, demeurée comme glacée. Il se demande, un court instant, comme briser un homme qui n’a plus sa raison. Comment ramener la mémoire hors d’un corps déjà en ruines. Comment trouver la lumière nécessaire pour éclairer les pièces restées depuis floues, parsemées de larmes et de sang.

« Parle-lui. »

C’est juste un murmure, sa main qui se pose sur l’épaule de la jeune femme, comme une griffe acérée qui l’empêche de faire un pas en arrière. Même s’il sait qu’elle ne le fera pas, elle a donné sa parole, elle donnera les derniers remparts de son humanité et de sa conscience s’il le faut. Il ne peut pas l’épargner. Il ne peut pas sacrifier des vies et des vies, comme avant, comme alors, pour préserver celle qui n’a pas hésité à le condamner.

« Demande-lui qui est ce « chat ». Qui lui a donné la pierre.  Qui l’a convaincu qu’il y gagnerait quelque chose. » Brise son esprit, encore et encore, toi qui a déjà réduit à néant sa vie, qui a délabré son corps et volé sa vie. Laisse-le haletant, à bout de souffle, laisse-le dans sa prison misérable parce que tout est déjà fini, pour lui, il n’y a plus de place pour les morts et les fantômes. Il y a juste un chemin étroit à emprunter, pour ceux qui se sentent encore l’âme de vivre.

Sa voix est pressante, curieusement éraillée. Les yeux écarquillés du prisonnier se posent sur lui, ombre menaçante derrière le juge. Comme un oiseau de mauvais augure, un corbeau qui est là pour lui reprendre celle qu’il aime, sa faucheuse cachée dans sa longue cape noire.
« Non… Aertha, ne me l’enlevez pas , pas encore… »

Sa voix aspire toute lumière dans la pièce, dégouline de désespoir, d’une faiblesse qui le laisse comme tremblant de dégout et de haine. Ce n’est plus un homme, ce n’est qu’un pantin à qui il ne reste qu’un souffle de vie.  Ce n’est plus qu’une loque, âme brisée prête à ramper aux pieds de celle pour laquelle il aurait dû pourtant rester infaillible.

Il devrait le lui dire, Partons, partons, je regrette parce que ce n’est plus lui et que tu ne mérites pas ça, non, même toi, tu ne mérites pas ça mais il en est incapable. A la place, il l’écrase de sa présence, il ne cède pas un pouce pour qu’elle avance, qu’elle l’anéantisse et le laisse vidé.

Et je te montrerai. Que ça n’aura pas été vain et que sous tes larmes, sous tes regrets qui se fanent, sous tes espoirs qui se flétrissent , nous pourrons les sauver.
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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Mer 12 Fév - 10:55



Death alone shall love you
FEELING SO LONELY YOU COULD DIE

La nausée s’était emparée d’elle et pesait dans ses entrailles comme un poids mort.  Confinée dans l’air vicié de la cellule, elle se sentait suffoquer et perdre pied peu à peu.  Mais, poussée inconsciemment par la voix du Prince, la Juge avança fébrilement d’un pas, livrant la totalité de son visage à la lumière du feu crépitant. En face d’elle, l’homme eut un mouvement de recul. Le charme avait été rompu par l’apparition inattendue de cette face mutilée.  Peut-être avait-il eu peur ? Peut-être s’était-il  souvenu ? Pendant une fraction de seconde, la visiteuse crut voir une étincelle dans l’œil éteint de son géniteur. Un dégoût certain, lui  rappelant la saveur amère qui remontait le long de sa propre gorge. Le corps avait donc réalisé bien avant l’esprit que l’épreuve serait insurmontable.   Même les mots lui manquèrent.

Je…je…

Ses yeux, pétrifiés sur la silhouette malingre du forçat, cherchaient une issue à ces abysses sans fond.  Mais elle ne voyait que désespoir et folie, sans exutoire possible. Elle se retourna alors violement vers le Prince, sa cape noire fouettant bruyamment l’air comme les ailes d’un oiseau. Dans son regard, même avec la faible lueur ambiante, on pouvait sans peine discerner un mélange de peur et d’incompréhension.

Sir, c’est insensé ! Vous voyez bien qu’il n’est plus lui-même ! Je vous l’avais dit… nous n’aurions jamais dû venir. L’Azurys, c’est simplement…l’invention d’un esprit malade…

Derrière elle, le prisonnier s’était mis debout avec  la vitesse d’un homme en pleine possession de ses moyens, jetant son matelas de paille à travers la pièce, poussant des cris de rage agonisants.

—NOOOON ! LE CHAT ! LE CHAT ! IL EST LA ! IL M’ÉPIE, JE LE SAIS ! VOUS TRAVAILLEZ POUR LE CHAT !

Le dément s’accroupit et rejoignit à quatre pattes le coin le plus obscur de sa geôle, tel un animal blessé et apeuré. Sa silhouette disparut rapidement dans les ténèbres et seuls ses sanglots de vieillard sénile pouvaient encore attester de sa présence.  Kyrielle sentit soudainement un frisson qui lui parcourut l’échine et fit trembler jusqu’au plus petit os de son anatomie.

Partons, Monseigneur…Partons, réussit-elle à articuler dans sa terreur.

Elle aurait voulu le supplier, de toute son âme, de tout son corps. Mais plus rien de cela ne lui appartenait. Et au fond, elle savait bien que toutes les suppliques et tout le malheur du monde n’aurait pu  détourner le Prince de son but.  Lorsqu’elle le réalisa, il était déjà trop tard. L’ombre du tyran, majestueuse et menaçante,  s’était accrue  dans son unique œil à l’image d’une terrible menace. A cet instant, Kyrielle ne savait  plus qui elle devait réellement craindre.


YOU WILL LEAVE WITHOUT A GOD.

Elle détestait cette désinvolture. Dans son langage. Dans ses expressions. Dans ses actions. Rien n’était important.  A travers les yeux du prince, Kyrielle avait l’impression que l’administration  du royaume était la chose la plus dérisoire du monde. Il lui semblait que l’héritier gouvernait comme on avance des pions sur un damier. Un jour, il serait sûrement mis en échec.  Mais que pouvait-elle bien y faire ? Elle, la marionnette, le petit soldat de plomb, perpétuellement cloîtrée dans un état de soumission consenti. On ne lui avait jamais appris la liberté.

Soit, Messire.

Elle pensait que la suite de la conversation allait l’exaspérer au plus haut point. Ça ne me concerne pas. Ce nombrilisme la dépassait.  Que fallait-il donc pour l’intéresser ?  Un signe du ciel ? La fin du monde ? Une hécatombe ?  Une image défila dans sa tête, rapide mais équivoque. Dans un flash lugubre, elle s’était souvenue des escaliers  ensanglantés du palais et de l’odeur de mort régnant dans l’enceinte  lorsqu’il avait fallu débarrasser les cadavres.  A bien y réfléchir, une hécatombe ne l’aurait sans doute pas intéressé.

Contre tout attente, la discussion prit un tournant des plus captivant pour Kyrielle. Elle qui avait fait tant de sacrifices pour servir, elle aimait se sentir désirer. Pouvoir noyer sa vie de femme inaccomplie sous les protocoles et les obligations officielles. Elle était née pour cela. Et mourrait sans doute de cela. Un sourire quasi imperceptible se dessina un court instant sur ses lèvres avant de mourir dans l’incompréhension. Elle hésita quelques secondes avant sa prise de parole.

Je crains, Monseigneur, de ne pas  avoir saisi votre requête.

La furtive once de tristesse  dans sa pupille émeraude avait pourtant attesté le contraire.



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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Jeu 13 Fév - 9:14

They shed tears at the wintered turn of the centuries

Don't you hear this wasted cry, life is over you

Il a presque envie de la féliciter. Si naturelle dans sa fausseté. Lui dire Tu sais, c’est bête, ton père aurait pu être fier de toi. Lui murmurer Tu n’es pas un homme mais tu en as parfois la force. Lui donner en même temps du baume au cœur et décocher une flèche dans ce cœur palpitant. Mais ça ne l’amuse pas, ça ne l’amuse plus, il y a un moment déjà qu’il s’est mis à la considérer d’un œil différent. L’œil de celui qui veut, de celui qui aura. Il est cruellement conscient que sa domination est assurée, que le refus serait la perte de tout ce qui compte encore pour elle.

L’aurais-tu fait, Cad’ ? Ou aurais-tu trouvé quelque chose, comme toujours, de quoi sauver les autres et te sacrifier parce que c’est ce que tu sais faire, non ? Je n’ai pas le même talent, je le crains.

« Vraiment ? Tu me sembles plus vive d’esprit, d’ordinaire. »

Il tire sur son col d’un geste nonchalant, comme s’il parlait de la pluie et du beau temps, comme s’il n’y avait pas une tempête qui se déchainait, quelque part, les cris d’un fou et quelque chose qui allait les laisser meurtris, difficilement accrochés à leurs quelques espoirs vite effacés.

« Je suis à la recherche d’une chose. Une chose précieuse. Maudite, selon les rumeurs. Certaines d’entre elles affirment d’ailleurs qu’un prisonnier que tu connais plutôt bien l’aurait eu en sa possession. »

Elles enflent, elles se meuvent entre les murs de la prison avant de s’étaler aux oreilles qui savent écouter. Tu ne peux rien y faire, tu n’es même pas coupable, Kyrielle, il n’y a que le sang qui coule dans tes veines mais il a tellement besoin de ces bouts de piste, de ces mots attrapés au vol. Il ne la quitte pas des yeux et il est certain de bientôt voir la lueur apparue dans son regard s’étendre, dévorer son visage.

Je ne veux pas, je ne veux pas mais ça ne veut rien dire, pas vrai ?

Il trouverait ça drôle, le Juge toujours victime des farces du destin et de sa vie mais il ne le peut pas, pas vraiment. Poigne de fer, regard d’acier et cœur de ténèbres. C’est bien ce qu’il faut, au fond, pour pouvoir garder la face et la tête haute quand on coupe des liens pareils, fils tâchés de sang. C’est comme les entailler avec un couteau sale, rouillé, c’est douloureux et quoi qu’il fasse, il sait qu’il en sera éclaboussé par la haine et la douleur, lui aussi.

Rideau. Fini de jouer, il est maintenant au cœur du sujet.

« Je souhaiterais que tu m’accompagnes l’interroger. »

Il ne dit pas que c’est important. Elle sait, par Pyrhas, évidemment qu’elle le sait. Il se demande juste si elle parviendra à croire qu’on la plonge une nouvelle fois dans cette tourmente.

♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚

« Assez. » Il murmure d’abord puis il répète, encore, encore Assez, assez, de plus en plus fort. Sa voix est tranchante, sans appel, il s’y est contraint. Depuis qu’il a dépassé le seuil de la forêt, depuis qu’il a mis les pieds dans la prison. Le rouge de son regard est fixé sur l’homme qui sanglote, perdu et totalement hors de contrôle, sur le sol sale. Il ne croise pas son regard, à elle, parce qu’il sait que tout serait perdu et, bordel, s’il n’est pas capable de faire face à un vieillard, comment pourrait-il… ?

C’est peine perdue, Cad’, il n’y a rien à en tirer mais je ne peux pas croire que ce soit tout.

Son bras repousse Kyrielle sur le côté, ferme. Il ne baisse plus la tête vers elle, plonge la main à l’intérieur de son col et s’accroupit devant l’homme. De près, il voit les rides profondes qui creusent son visage, la saleté accumulée sur sa peau et le désespoir, partout, le vide terrifiant de son regard. Mais l’étincelle, dure, comme une flamme dans les ténèbres, qui éclaire son regard quand il voit le joyau, il ne peut tout simplement pas la rater.

Le prisonnier prend une inspiration, s’élance pour attraper la pierre d’un bleu éclatant pendue à son cou. Mais Aednyss est plus rapide et son pas en arrière s’accompagne d’une dague sous le cou de celui qui lui fait face.

« Des noms. Et elle sera à vous. »

Le vieillard frissonne, incertain. Ses yeux creusés par la fatigue et la souffrance semblent plus fous encore, ancrés sur le joyau, précieux joyau et il sent presque son désir, son envie de s’en emparer et de le garder comme lui, précieux et accessible après tant de souffrance.

Derrière les visiteurs, le feu des torches continuait de crépiter.
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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Dim 16 Fév - 6:35



You'll catch death in the fog
WELL, SHE'S COME, BEEN AND GONE

La main sur le pommeau de son épée, Kyrielle tremblait pour la première fois depuis bien longtemps. Elle regardait la scène défiler au ralenti, telle une spectatrice impuissante.  Prise d’une irrépressible pulsion, elle s’élança, sans réfléchir, s’agrippant au prince encore accroupi. Sous sa pression, la distance entre le poignard et le prisonnier s’accrut. Dans son esprit déjà embué par la douleur des souvenirs, toutes les images se superposaient, formant un unique tableau aux teintes amères. La lame d’acier, dont l’éclat menaçant éblouissait la pénombre. L’éclat bleu oscillant de gauche à droite au cou du souverain comme un métronome battant la mesure. La solide main armée que rien ne semblait pouvoir faire chanceler.  Les yeux de son propre père, attisés d’une folle cupidité. Le juge sentit les muscles de son visage se contracter à mesure que son emprise sur l’épaule du prince se resserrait.  Finalement, sa voix s’échappa, forte et emportée,  sans qu’elle ne puisse l’arrêter.

Ne faites pas de promesses que vous ne pourrez jamais tenir !

Le souffle court, penchée au-dessus des deux hommes au raz-du sol, elle se souvenait des temps passés et de tous leurs serments inaccomplis. Depuis bien longtemps, sa vue ne pouvait plus souffrir les gens sans honneur ni vertu. Qu’il soit mendiant, prince ou dieu, qu’importait désormais. Son maillet d’ivoire, symbole du Juste et du Bien, avait banni le mensonge et la tromperie.  Dans l’étroite cellule, autour des malheureux protagonistes, le silence s’était finalement installé. Les non-dits  de ces instants furent si lourds de sens qu’ils en dépassèrent les entendements. Le forcené, toujours sous le joug de la menace ne pouvait se résigner à détourner les yeux du pendentif. A bien y regarder, ce n’était pas de l’envie qui brillait dans ses pupilles mais bel et bien la peur. La peur insensée face à une légende bien trop vivace.  

—Vous êtes…maudit…

Le  doux susurrement se transforma en un cri dont l’écho terrible finit par faire trembler les fondements de la prison. Maudit. Maudit. Maudit.  Kyrielle rompit son étreinte en tremblant et recula de quelques pas.  A croire que la malédiction avait le don de se rependre comme la pire des contagions.  Mais il était déjà trop tard, les symptômes du malheur s’étaient abattus sur leur corps comme sur leur conscience. Il fallait se rendre à l’évidence, tous n’étaient devenus rien de plus que des pestiférés,  des ombres attendant la mort. Les victimes d’un complot qui, de loin, les dépassait.  

La lèvre inférieure frémissante, elle tira son épée. La lame en contact avec le fourreau provoqua un long crissement métallique, aigu et dissonant.

Reculez, Sir. Je vais mettre fin à tout cela.

Elle ne souhaitait plus l’entendre.  Elle voulait savourer le silence et le bruit du feu crépitant.

I'M SURE YOU'RE NOT PROTECTED.

Ses sourcils se froncèrent, creusant sur son front des rides d’expression naissantes.  Elle avait refusé de comprendre mais la mascarade était terminée. Seule, face à ses démons, la jeune femme devait s’avouer vaincue.  Battue, certes, mais pas détruite. Sa fierté et son panache, eux, étaient encore et se tenaient debout, prêts à combattre.  Son expression se vida peu à peu de ces traits bien trop sérieux. A la voir ainsi, désemplie de toute essence humaine,  son visage tellement pâle ressemblait davantage à une terre infertile, soumise à un éternel hiver.  Cette conversation semblait être déjà si loin de toutes ses préoccupations.

Caël Fürst-Rozen est fou. Il n’y a vraiment aucun doute là-dessus, votre majesté.

Silence. Kyrielle venait d’éviter le mot le plus tabou de la conversation. En sa royale présence, elle ne lui aurait jamais fait  le plaisir de l’appeler « père ». Elle ne lui aurait jamais laissé l’occasion de lui rappeler que le sang d’un traitre coulait dans ses veines.

Ce ne sont pas quelques bruits de couloir qui pourront prouver le contraire, je regrette.  C’est impossible.

La dernière phrase avait résonné dans sa bouche comme une sentence dans un procès.

Puis-je, en outre, vous rappeler que j’ai été moi-même chargée de cette affaire et qu’à ce jour aucune preuve n’a  attesté une telle…possession.

Kyrielle, impassible dans ses mots comme dans ses gestes,  se cala confortablement contre le dossier du fauteuil et laissa reposer nonchalamment un de ses bras sur l’accoudoir.  Elle n’irait pas. Il n’y avait aucune raison pour qu’elle se rende sur les décombres de ce passé déjà si  lointain. Les malheurs, elle préférait les laisser aux autres.  



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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Dim 16 Fév - 10:48

It's no game

No more free steps to heaven

BAM. Un bruit assourdi par la table, son poing qui tape. Une fois, juste une fois, assez pour qu’un silence de mort s’abatte sur la salle. Son visage, livide, a perdu toutes ses couleurs et semble crispé dans une expression sévère.  Il la considère d’un œil brûlant de rage, énervé de la voir se défiler.

« Pourquoi continuer tes parades ? Tu te doutes que si tu es ici, je n’abandonnerai pas si facilement, n’est-ce pas ? » Sa voix est sifflante, plein d’un venin qu’il ignore réellement posséder. La peau de sa main commence doucement à picoter, comme un engourdissement qui se diffuse partout sur son épiderme.

Agacé, il se lève, fait quelques pas. L’angoisse sourde du début a laissé place à une colère croissante. Son déni, plus que tout le reste, lui donne envie de la trainer jusque-là pour lui laisse faire face à la vérité. Elle lui rappelle l’allure qu’avaient ces animaux traqués, qu’il ramenait toujours saignants et une lame en travers de la gorge, le sourire victorieux. La différence, c’est qu’elle se débat comme elle le peut, prisonnière des fils qui ne la laissent pas s’échapper. Il sait qu’à chaque mot prononcé, il referme davantage l’étau. Il est temps de mettre fin à la mascarade.

« Je ne t’oblige à rien, au final. Toi seule es le Juge, tu as la confiance de Lacryheas pour décider qu’un prisonnier ne vaut plus la peine d’être interrogé. Mais je désirerais ouvrir à nouveau l’enquête. Et, malgré toutes les preuves de la loyauté, j’aurais du mal à ne pas considérer un refus de collaborer dans une affaire qui concerne directement la couronne comme une trahison. »

Le mot est dit.  Lourd de sens, monstrueux. Tu le connais bien, n’est-ce pas ? Lui aussi, l’a déjà vu sur toutes les lèvres, dans tous les yeux, lui étant adressé. Lui aussi, connaît son poids, l’immense ombre qu’il laisse planer sur tous les gestes et les mots. Lui aussi, sait toute l’amertume qu’il invoque. Mais ça ne l’empêche pas de l’utiliser contre toi, blessant et plein de haine et de culpabilité.

Ça ne l’empêchera de te condamner, toi qui condamnes les âmes.

♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚♜♚

La fureur le fait trembler. Presque instinctivement, sa main sa perte à sa ceinture, là où son épée attend patiemment. Il arrête son geste en plein vol, néanmoins, quand il entend Kyrielle. Il a envie de la secouer, de la chasser loin de là parce qu’elle n’aurait jamais dû venir. C’était une erreur, une grossière erreur et Kyrielle, tu en as déjà bien assez fait.

Une peur panique s’insinue en lui. Il n’a pas besoin de le lui dire, il le sait. La main serrée sur la chaine à son cou, il a l’impression d’entendre la pierre palpiter, appeler, sang, sang, sang, sang et mort pour laver l’affront. Mais il est bien trop tôt pour les sacrifices et fussent-elle damnées, leurs âmes sont encore jeunes pour gagner les précipices. Ils ne pourront offrir que vacuité et démence et même eux, n’en voudraient pas, cruels et monstrueux.

Mais cet homme. Cet homme, cette chose, rongé jusqu’à l’os, écorché jusqu’à l’âme, n’aurait aucune pitié, même pour son propre enfant.

« Recule. Tu t’es déjà suffisamment sali les mains, idiote. »

Sa voix est rauque, toute en respiration laborieuse et difficulté à articuler. Des frissons incontrôlables parcourent sa peau, il se sent glacé jusqu’aux os et le regard de certitude absolue, de démence pure de Caël le plongent au plus profond de ses sinistres pensées. Il pose sa main directement sur son épée, là où la lame est froide et tranchante. Par pour l’épargner, par Pyrhas, non, jamais. Peut-être pour l’épargner, elle, il ne sait pas, il ne sait plus et faire des sacrifices pour un homme dont on ne tirera plus rien ne l’intéresser plus.

Recroquevillé, le regard dans le vide, il continue à répéter Maudits, maudis, maudits, comme une litanie. Sa voix est de plus en plus forte, venimeuse. Il en crie presque, funèbre chanson qui résonne à leurs oreilles et à leurs cœurs meurtris. Il tente de la tirer loin de le lui, à quelques pas, quelques mètres, ce qu’il faut pour que la pureté de l’acier ne soit souillée par le sang maudit qui semble battre aux tempes du dément. Mais c’est trop tard, bien trop tard. Il n’y a pas d’autre solution.

Le bruit du coup de feu leur transperce presque les oreilles. Seul le silence le suit.
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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle
Jeu 20 Fév - 14:13



stars are never sleeping
DEAD ONES AND THE LIVING

Dans l’encadrement de la porte une image lui apparaissait, claire et distincte. Celle d’un jeune soldat, de la poudre sur les doigts et du sang sur la conscience, encore mortifié d’avoir tué son premier homme. Tremblant de peur et d’incompréhension,  il bégaya d’abord quelques justifications inintelligibles avant que les témoins puissent enfin saisir le sens de ses paroles :

Je pensais…que vous étiez en danger…

De l’autre côté de la cellule, le forcené était tombé sous son propre poids, provoquant un sinistre bruit mat.  Dans la masse inerte de l’homme tombé, tous crurent un instant reconnaitre les traits de la Mort.  Pour le prisonnier au regard terrifié, l’heure du jugement dernier semblait avoir déjà débuté. Sa gorge, transpercée par le plomb, laissait ses poumons s’emplir un peu plus de sang à chaque seconde écoulée. Et tandis qu’il tentait vainement de reprendre son souffle dans d’ultimes respirations rauque, un filet rouge coulait le long de ses lèvres, tachant ses habits déjà sales, à l’endroit où l’on pouvait  sentir le rythme irrégulier de son cœur.  Tout était terminé. Et il devait sans doute l’avoir deviné.

N’appro…chez pas…le chat est …m-mau…

Il cracha une dernière giclée de sang écarlate, souillant pour toujours la pierre grisâtre du sol.  

Il travaille p-pou-pour…

Les lèvres de l’homme blessé se figèrent, emportant ses derniers mots sur le chemin sans retour du royaume des morts. Dans ses pupilles froides, la lumière s’était éteinte.   On pouvait désormais rayer son nom sur la plaque en argent à l’entrée de la cellule.  Caël Primus Fürst-Rozen  n’était plus.

Kyrielle desserra la main du pommeau de son épée et laissa tomber l’arme à terre. Le bruit du métal forgé frappant le sol répercuta son insoutenable écho dans le vide de  la pièce. La jeune femme, abasourdie par les événements,  ne bougeait plus. Se tenant droite, elle fixait le corps sans vie, attendant qu’il se relève. Elle ne pouvait pas y croire. Pourtant, elle connaissait le sang, la mort et son odeur. Elle avait tué et laissé mourir sans une once de remord. Mais cette fois-ci tous semblait différent. Elle pensait qu’il finirait par revenir.  Il avait toujours fini par revenir. Une minute s’était écoulée dans le plus grand silence. Puis deux, puis trois, avant qu’elle ne comprenne. Ce qui a passé ne reviendrait jamais. Les membres tremblants, elle se jeta au cou du jeune garde, plantant ses ongles dans sa gorge nue et sans défense.

Qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce que vous …

A mesure que ses mains se resserraient sur le cou du jeune homme, l’image de son père, gisant dans son propre sang, s’imposa à son esprit, plus claire et plus réelle encore qu’au véritable instant.  Lorsqu’elle lâcha prise, le soldat qui avait manqué de  mourir étouffé tomba à genoux devant la Juge.  

Je m’exc-…

Animée par une rare violence, Kyrielle rassembla ses forces et ramassa son arme. Au moment d’abattre la lame sur le garçon à terre, elle se stoppa net, comme retenue par une force invisible.

Pars…PARS J’AI DIT !

Effrayé, le jeune gardien au souffle court s’exécuta comme il put, rampant à moitié en essayant de s’enfuir.  Sur le seuil de la cellule, le dos au prince et au corps sans vie, Kyrielle regardait les torches se consumer dans le feu.  La vie n’était rien de plus.  Enragée, la jeune femme précipita son épée contre le mur en face d’elle. Sous la violence du choc, la lame se fendilla de tout son long. Une chose de plus venait de se briser.

THE STARS ARE OUT TONIGHT.

Près de l’âtre réconfortant, dans cette salle du conseil si familière, dans ce fauteuil qui était devenu le sien depuis plusieurs années désormais, la Juge se sentait trahie au plus profond d’elle-même.  Face au pouvoir du prince, elle se rappelait qu’elle n’était rien d’autre qu’un pantin, sans volonté ni envie. Son pouvoir elle ne le tenait que de la royauté et peu importe si elle était juste dans ses fonctions tant qu’elle continuait à être légitimé par plus haut qu’elle. Et la légitimité, c’était l’obéissance.  Aveugle et démesurée. Son regard se déroba à celui de son interlocuteur. Elle ne supportait pas d’être la fille d’un paria et aurait fait n’importe quoi pour effacer ses origines. N’importe quoi.

Votre majesté, il va de soi que si cette affaire vous tient à cœur, il n’y a aucune raison que je refuse un ultime interrogatoire.  

Pouvait-elle réellement refuser ? Bien sûr que non, pas dans sa position.  Pas avec ce sang souillé par le complot et la traitrise. Pas avec cette honte gravée sur son front.  Il n’y avait plus de réticences. Les murs étaient tombés depuis le fameux jour maudit de l’audience où elle avait juré fidélité au Prince et à son pouvoir.  Ces dernières année, elle avait plié à maintes reprises mais, toutefois, ne s’était jamais rompue. Elle voulait croire que toute la force de sa fierté résidait dans cet exploit.

Permettez-moi, tout de même, de vous mettre en garde.  Courir après des chimères pourrait vous être fatal. Beaucoup de bruits se sont répandus au palais, certains vous disent comme…possédé. Et nous savons tous les deux que les obsessions ne sont jamais bonnes conseillères.

Elle avait jugé.  La sentence était tombée, son travail accompli.  Elle se releva pour prendre congé avec toute la délicatesse d’une femme et  toute la noblesse d’un homme de pouvoir.

Sur ce, votre altesse, je ne voudrais pas user de votre temps.  Je pense que nous pourrons discuter des modalités ultérieurement.

Elle voulait fuir, loin des responsabilités, de la laideur de cette réalité et du deuil inaccompli. Loin. Là où aucun prince ni aucun passé n’aurait pu la rattraper.



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Sujet: Re: We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle

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 We burnt one hundred days and one thousand lives ♜ Kyrielle

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